Du rififi à la zone 51 (partie 2)

Rédigé par Orox le — Publié dans Delirium paranormalis

Résumé de l’épisode précédent:

Orox et sa fidèle adjointe administrative Miss Cruella, elle-même une ex-maîtresse BDSM repentie, décident d’aller ensemble infiltrer la zone 51 pour passer le temps. Euh… Finalement, il ne se passe pas grand-chose pendant le voyage, mais la suite promet d’être stupéfiante! Vous apprendrez des faits étonnants, des choses… des… trucs, et vous ne verrez plus jamais l’ufologie de la même façon, je vous le garantis. Retrouvons donc nos deux héros au «A’ Le ‘Inn motel», où ils sont en train de mettre leur plan au point.

Un incident conjugal

- Je la tiens fermement, Cruella, poussez!

- Je ne peux pas, on dirait que c’est coincé! Je vais changer de position, ça fonctionnera peut-être!

- Comme vous voulez mais dépêchez-vous: je ne vais pas pouvoir la retenir longtemps!

- Qu’est ce que vous dites? Parlez plus fort, je n’ai pas bien entendu.

- Et meeeerde!!!

Et la loi de la gravité se vérifie de façon remarquable: Miss Cruella fait une chute d’environ 1 mètre et se retrouve sur le derrière en plein milieu de la terrasse extérieure. Attablés autour, les clients du motel ricanent.

- Votre plan est stupide Orox! Ça ne fonctionnera jamais! Se déguiser en Tall White en portant des échasses! Même mes anciens clients n’étaient pas si bizarres!

- Mais vous faites des progrès! Encore un peu d’entraînement et ces échasses seront le prolongement de vos (très jolies) jambes! Regardez-moi, je vais vous montrer comment on fait.

J’enfile ma paire de «Powerstriders», qui sont des échasses d’un type nouveau. Ces petites merveilles sont munies de lames en fibre de verre faisant office de ressorts et permettent de courir jusqu’à 40 kilomètres-heure, en plus de permettre des enjambées de trois mètres de longueur. Je me redresse devant Cruella et je fais des bonds de deux mètres sur place sans efforts ou presque.

- Vous voyez? Sans les mains! Le truc c’est de ne pas y penser et de faire comme si on ne porte rien dans les pieds! Après quelques minutes, on n’y pense plus et se déplace comme on veut!

Je bondis en avant et je me mets à «courir» mais dans les faits, ça ressemble plus à des sauts de kangourou. Qu’importe le style, j’atteints assez facilement une grande vitesse. Grisé, je me rends compte que j’égale et même surpasse les meilleurs sprinters de la planète. Après un grand demi-tour dans le parking presque vide du motel, je reviens vers la terrasse à fond de train.

- Je suis aussi rapide qu’un Tall White en rut! dis-je, essoufflé. Puisqu’ils sont censés avoir des capacités physiques surhumaines, avouez que c’est quand même bien venant d’un homme normal avec une paire d’échasses! Bon. On reprend l’entraînement? Je suis persuadé que vous allez réussir au prochain essai.

- O.K. Est-ce que quelqu’un pourrait m’aider à me relever? lance-t-elle à la cantonade.

Tous les types sur la terrasse se lèvent en même temps, laissant leurs femmes de côté. Il faut dire que Miss Cruella est une beauté rare, du genre qui obtient facilement tout ce qu’elle veut des hommes. Les conjointes délaissées prennent aussitôt des mines renfrognées et lui jettent même des regards haineux. Finalement, les trois types les plus rapides la saisissent fermement et la remettent sur pieds, ou plutôt sur ses échasses. Après s’être assurés de son équilibre, ils s’éloignent un peu d’elle et font un demi-cercle autour, bientôt rejoints par tous les hommes de la place qui ne veulent pas perdre une miette du spectacle. Ce coup-ci, Miss Cruella réussit à garder son équilibre, et un sourire lumineux éclaire son visage.

- Bravo! dis-je. Maintenant, faites quelques pas, tout doucement! Question de vous familiariser avec vos échasses… Très bien! Vous voyez? C’est facile!

- Super! Je n’aurais jamais cru y arriver! lance-t-elle, ravie. Maintenant qu’est-ce que je fais?

Les hommes autour d’elle sont tout souriants, quoique la plupart aient les yeux rivés sur les jambes de Cruella, laquelle est vêtue d’une jupe mince qui lui arrive aux genoux. Je remarque ce détail et je décide de m’amuser un peu. Ce sera ma petite vengeance pour la partie de Twister dans le train!

- O.K. Miss! On va maintenant faire un mouvement plus compliqué, mais ça ira très bien! Si vous pouvez garder votre équilibre en marchant comme vous venez de le faire, vous pouvez faire tout le reste très facilement! Vous êtes prête?

- Oui! Je suis prête à relever n’importe quel défi!

- Le second mouvement qu’il faut maîtriser, c’est le saut sur place. Ça permet de comprendre le comportement des échasses et la résistance des ressorts. Donc, faites comme moi! On saute sur place, allez!

Je me mets à bondir de plus en plus haut en restant sur place, et Miss Cruella commence à en faire autant. Bong! Bong! Bong! Alors il se passe un truc assez comique. Pendant qu’elle rebondit de haut en bas en souriant, la jupe de Cruella se relève à chaque fois un peu plus lorsqu’elle redescend. On voit ses genoux, puis ses cuisses, enfin, on commence à entrevoir son slip!

Les hommes se mettent à applaudir frénétiquement. Les «Bravo!» fusent et chacun y va de ses paroles d’encouragement, tout en matant l’anatomie de la belle.

- Plus haut madame!

- C’est ça! Continuez!

- Bravo Madame Cruella! Quel talent!

Je me mets à rigoler, tandis que mon adjointe continue de rebondir de plus en plus haut, tout comme sa jupe. Tous les types présents ont les yeux exorbités et scandent chaque bond en choeur. Hééééé! Hooop! On dirait une meute de loups attardés, il y a de l’électricité dans l’air. Les conjointes restées à l’arrière à l’ombre des parasols commencent à s’agiter en jacassant. Soudain, une immense Black donne un coup de poing sur la table et se redresse. Elle doit peser au moins 110 kilos et ressemble à Mike Tyson un jour de crise d’hémorroïdes aiguë. Avec une agilité surprenante vu son gabarit, elle se dirige vers son mari, lequel lui tourne le dos et continue d’applaudir les prouesses de Miss Cruella. Je sens qu’il va y avoir du vilain aussi j’interpelle mon adjointe:

- O.K. Miss! C’est parfait! On arrête de sauter sur place et on va faire autre chose!

- Ah oui? Mais je commençais à peine à m’amuser!

J’interviens trop tard, malheureusement. La femme enragée arrive derrière son mari et lui tape sur l’épaule. Comme le monsieur se retourne, une droite fulgurante lui arrive directement dans les gencives et le renverse instantanément. Le silence se fait brusquement.

- Tiens mon salaud! Ça t’apprendra à me tromper! lance-t-elle, l’air mauvais.

- Mais Betty! se plaint le mari. J’ai rien fait! J’essayais seulement d’aider la dame!

- C’est ça! Et la prochaine fois que tu aides une autre femme de cette façon je te bute! Reviens t’asseoir tout de suite! Et au trot!

L’homme se relève, penaud. Il se met sagement à suivre sa femme vers la table et le petit attroupement se disperse. On dirait que la fête est finie et tant mieux pour nous: on pourra s’exercer plus calmement. Nous passons donc le reste de l’après-midi à nous amuser avec nos échasses. Vers la fin de la journée, Cruella est devenue une experte. Nous pourrons donc passer bientôt à la phase 2 du plan!

Une partie de Scrabble

Après un excellent dîner, nous sommes en train de mettre au point les derniers détails de l’opération, Cruella et moi.

- Bon. Il reste la question des costumes. Ça s’habille comment, un Tall White? demande mon adjointe.

- Eh bien, le fils du beau-frère du neveu de McMurray a parlé d’une espèce de combinaison argentée. Ça ne doit pas être difficile à trouver dans son magasin, qui est le seul à des miles à la ronde.

- Et les yeux bleus? Et les doigts qui se terminent en pinces?

- J’ai réfléchi à cela. Nous allons nous contenter de porter des perruques blondes en plus de nos combinaisons argentées, et si on ne fait pas trop attention ça ira. Mais il y a quelques circonstances qui vont jouer en notre faveur et je compte miser là-dessus.

Miss Cruella me regarde en soulevant les sourcils exagérément, faisant semblant d’être étonnée. Quelle polissonne!

- Ah oui? Et de quelles circonstances parlez-vous? Expliquez-moi.

- Tout d’abord, nous nous présenterons à la première guérite au crépuscule, à la tombée de la nuit. La baisse de luminosité gommera ce genre de détail et si on ne porte pas vraiment attention, ça ira comme sur des roulettes. Mais c’est la date à laquelle nous tenterons d’entrer qui jouera pour nous.

- La date? demande-t-elle.

- Nous sommes le 2 juillet. Dans deux jours, nous serons le 4, qui est le jour de la fête nationale des États-Unis. Beaucoup de membres du personnel régulier de la base seront en congé et remplacés par des bleus. Ou des nouveaux, si vous voulez. Ils sont inexpérimentés, ils s’en tiennent aux consignes et ne prennent jamais d’initiative tant qu’on ne leur en donne pas l’ordre. Et je compte bien exploiter la crainte que les militaires ont des Tall Whites pour circuler à ma guise sur la base. Qu’en pensez-vous?

- Je pense que votre projet est complètement cinglé. Et si ça ne fonctionne pas, on fait quoi?

- Alors, nous en serons quittes pour avoir tenté l’infiltration de la zone 51 la plus délirante de l’histoire. Et si jamais on nous laisse passer, ça voudra dire qu’il se passe vraiment quelque chose d’incroyable sur la base. Il s’agira pratiquement d’une confirmation du fait que des humanoïdes extraterrestres sont présents dans la zone 51 et sont en contact avec les militaires américains.

- Vous avez parlé plus tôt de la crainte des militaires concernant les Tall Whites, que voulez-vous dire au juste?

– Toujours selon les dires de Charles Hall, les Tall Whites sont une société fortement hiérarchisée et ne respectent que ceux qui sont aux commandes, autant chez eux que chez les humains. Ils ne sont pas vraiment méchants ou vicieux mais ils ont la mèche courte et peuvent devenir très dangereux en cas de provocation ou de menace. Hall mentionne quelques incidents graves mettant aux prises des Tall Whites et quelques malheureux militaires imprudents. Selon lui, il y a eu des morts. Donc si nous passons la guérite, il faudra devenir comme eux psychologiquement parlant, pas violents bien sûr, mais très directifs envers les subalternes.

- Et si par miracle on entre dans la zone, on fait quoi ensuite?

- C’est très simple: on cherche partout et on fait un maximum de photos et de documents vidéo. Vous avez toujours votre hyper téléphone cellulaire?

- Bien sûr, Orox. Cette petite merveille de la technologie sert à la fois de téléphone, de caméra, de microscope et de télescope, de brosse à dents, de coffres à outils, d’épandeur à asphalte, de tondeuse à gazon et il y a même un véritable court de tennis intégré. Sans compter les 168 074 applications logicielles incluses qui me coûtent un joli paquet chaque mois. Avec cet appareil, on peut tout faire!

- Très bien. Alors, voici le programme: une bonne nuit de sommeil, et dès demain matin on va voir McMurray pour se procurer les costumes. Pour le reste de la journée on s’entraîne encore avec les échasses et nous devrions être prêts pour infester la zone 51 le lendemain soir à 19h30. Ça vous va?

- Ça me va… Un dernier truc: qu’est ce qu’on fait si on rencontre un véritable Tall White? demande Cruella avec un sourire rusé.

- Euh… Bien… On avisera, quoi.

- O.K. Orox. On avisera… Bon. Il est encore tôt et je n’ai pas envie d’aller dormir tout de suite. Aimeriez-vous qu’on s’amuse un peu en attendant?

Me rappelant aussitôt la frustrante partie de Twister dans le train, je lui réponds illico:

- Non merci Cruella. Pas ce soir, j’ai mal à la tête.

Elle me fait un clin d’oeil irrésistible et enchaîne :

- Je ne pensais pas au Twister, Orox.

Comme n’importe mec normal, mon cerveau change de place immédiatement et je réagis au quart de tour:

- Eh bien… C’est bizarre ça: ma migraine vient de se dissiper à l’instant!

Elle se relève avec énergie et trotte vers la porte de la chambre.

- Ne bougez pas Orox! Je vais dans ma chambre et je reviens tout de suite avec le jeu de Scrabble!

Intermède alimentaire

Je me réveille en pleine forme le lendemain matin. La veille, Miss Cruella m’a battu à plate couture au Scrabble, tout ça avec un seul mot: ZWAXYSTS, placé deux fois en mot compte triple. Elle m’a expliqué qu’il s’agit d’un type de canard quadrupède originaire de Norvège. C’est fou ce qu’elle est instruite. Vous le saviez vous, qu’il y avait des canards à quatre pattes en Scandinavie? Et bien elle, si.

Je saute dans la douche, m’habille et rejoins Cruella dans le petit resto du motel à 8h00 pile. J’ai une faim de loup, comme à chaque matin. Les États-Unis sont le paradis des petits déjeuners costauds. Vous pouvez vous faire servir 6 oeufs et un steak pour moins de cinq dollars. Considérant la journée qui nous attend, j’opte pour le spécial hyper-protéiné de tout travailleur honnête au Nevada: une omelette baveuse contenant six oeufs, et un immense steak-pommes-frites-bacon-fromage-oignons-saindoux-cretons-mélasse-boulettes-de-jarrets de porc, plus un litre de café. Tandis que Cruella chipote de la salade verte et des tomates préfabriquées dans son assiette, je lui demande avec tact:

- Comment faites-vous pour manger ces cochonneries bourrées de pesticides et de fertilisants?

Elle soupire:

- Vous êtes impossible! Avez-vous regardé le nombre de calories qu’il y a dans votre assiette? Et vous ne prenez jamais de poids? C’est injuste.

- Le truc, c’est de demeurer proactif et de réfléchir le moins possible avant d’agir. Je fonctionne à l’instinct, vous voyez? Et mon instinct me dit qu’il faut manger lorsqu’on a faim car…

Elle me coupe la parole et me tend son assiette.

- Bon d’accord. Donnez-m’en un peu. Je m’entraînerai plus intensément avec les échasses cet après-midi, ça compensera.

Je lui transfère quelques protéines diverses de mon assiette vers la sienne.

- Sage décision Miss. Bon. On expédie le petit déjeuner puis on file voir monsieur McMurray pour les costumes et les perruques. Et si jamais il n’en a pas, nous en serons quittes pour faire un saut rapide à Las Vegas, mais je crois que ce ne sera pas nécessaire. On trouvera tout ce qu’il faut à Rachel, j’en suis certain.

- Ah oui? Et c’est votre fameux instinct qui vous dit ça? demande-t-elle, sceptique.

- Bien sûr que non! Ce qui distingue l’homme de l’animal est justement cette capacité à réfléchir avant d’agir et non de…

Elle se met à sourire: c’est gagné. J’aime tellement voir le sourire de Miss Cruella que je suis prêt à toutes les bassesses pour arriver à mes fins. Nous terminons donc de manger en parlant de tout et de rien, puis nous grimpons dans la fourgonnette. Direction: le magasin de monsieur McMurray.

La bataille de Stirling

En arrivant à la station-service, je constate comme la veille qu’il n’y a personne, à cette différence près que McMurray n’est pas à son poste sur son fauteuil. Nous sortons de la fourgonnette en claquant les portières.

- Il doit être occupé à l’intérieur, dis-je. Entrons.

- Regardez Orox! Sur son fauteuil! dit Cruella en montrant celui-ci du doigt.

Sur le vieux fauteuil, la bouteille de Chivas Regal que j’ai donnée à monsieur McMurray la veille est vide. J’imagine que le vieux s’est cuité solidement hier soir et qu’il doit encore dormir à poings fermés dans son arrière-boutique. C’est alors que nous entendons un drôle de bruit provenant de l’intérieur. On dirait un égout bouché qu’on tente de dégager avec un produit chimique. Puis une sorte de plainte horrible et nasillarde se fait entendre. Lorsqu’on ouvre la porte du magasin, le boucan se rapproche dangereusement du niveau de bruit que ferais un camion de pompier, en beaucoup moins joli. Puis il y a comme un bruit de galopade gigantesque suivie d’un chaos indescriptible. On dirait que ça provient de l’arrière-boutique. Au bout d’un moment, tout cesse brusquement. Je profite de l’accalmie pour demander à voix haute:

- Monsieur McMurray? Vous êtes là? Est-ce que tout va bien?

Un son grinçant nous répond. Poooouuuuettt! Puis une voix agressive se fait entendre:

- Arrière! Sales rosbifs de merde! Vous avisez surtout pas de m’emmerder!

Je décide soudain d’aller voir ce qui se passe et tant pis pour la politesse. Peut-être que McMurray est en danger? Nous nous dirigeons donc résolument vers l’arrière-boutique, moi et Cruella. En arrivant, nous découvrons un spectacle plutôt délirant. Monsieur McMurray est debout au centre de la pièce et il est complètement saoul. Il porte un kilt écossais et tient une énorme cornemuse dans ses bras.

Devant lui, un écran géant projette le film «Braveheart» mettant en vedette Mel Gibson, le volume au maximum. Nous en sommes à la scène où William Wallace passe en revue ses troupes de highlanders avant la bataille de Stirling.

McMurray nous regarde en bavant, les yeux exorbités.

- VIVE L’ÉCOSSE LIIIIIIIIBBBBRE!!!! hurle-t-il.

Puis il se remet à souffler dans son instrument, toujours en nous fixant de ses yeux déments. Nous nous regardons, Cruella et moi, complètement abasourdis.

- Euh… monsieur McMurray? Est-ce que ça va? je lui demande, tout en agitant ma main devant lui pour lui signifier ma présence.

Le vieux continue à jouer quelques secondes puis semble subitement se rendre compte de notre présence. Il laisse son instrument et sourit:

- Tiens! M’sieur Orox et Miss Cruella! Attendez, je vais baisser le volume.

Bien que monsieur McMurray ait un sérieux coup dans l’aile, il est encore vif et alerte pour son âge. Il ramasse la télécommande sur le sol et fait un arrêt sur image du film.

- Et voilà! Mais quel bon vent vous amène, mes amis? demande-t-il.

- Nous tenons d’abord à nous excuser de notre intrusion, Monsieur McMurray. Nous avons entendu du bruit et nous sommes venus voir si tout allait bien. Je pense que oui… lui dis-je en souriant.

- Et comment! Figurez-vous qu’après votre visite hier, j’ai commencé à écluser ce merveilleux whisky écossais. On dirait que ça m’a mis dans un état second, tellement que j’ai fait une chose incroyable: j’ai ouvert un livre!!! Pire, j’ai commencé à le lire! Je ne sais pas ce qui m’a pris. C’est un bouquin qui traîne dans mon magasin depuis des lustres et qui parle de l’Écosse et de son histoire. Ça m’a passionné, honnêtement. Puis je me suis rappelé que j’avais un film sur le sujet dans le coin des locations vidéo du magasin. Il ne manquait plus qu’un kilt écossais et la vieille cornemuse de mon grand-père pour me mettre dans l’ambiance. Bref, quelle nuit mes amis! Ça me rappelle ma folle jeunesse!

Miss Cruella a soudain l’air intéressée.

- J’aime bien votre kilt. Vous avez donc des costumes dans votre magasin?

- Bien sûr que j’ai des costumes dans mon magasin! répond le vieux. Je vous l’ai dit: ici j’ai TOUT. D’ailleurs, il y a un petit carnaval chaque année à Rachel et les gens aiment bien se déguiser à cette occasion. Et c’est chez McMurray qu’ils viennent pour ça. Ça vous intéresse, Madame Cruella?

- C’est-à-dire que j’aimerais bien rapporter quelques petits souvenirs de Rachel et de la zone 51 au Québec… Et je suis en train de me demander si quelques costumes d’extraterrestres ne seraient pas une bonne idée! Qu’en pensez-vous, Orox?

- Mais quelle bonne idée, Miss! Je suis persuadé que vos petits neveux et nièces s’amuseront beaucoup avec ces costumes. C’est très original, aussi. On peut les voir?

- Bien sûr! Attendez-moi… ils remisés quelque part dans ce fouillis.

McMurray part vers les profondeurs de son arrière-boutique. On entend quelques bruits de caisses déplacées. Il revient bientôt avec une énorme boîte en carton qu’il dépose sur un comptoir.

- Voilà! Il y a de tout là-dedans: des masques, du maquillage, des costumes d’horribles petits gris réticuliens, de monstres, de Tall Whites et de sorcières, il y en a pour tous les goûts!

- Tiens… On devrait essayer les masques de Tall Whites! On va rire! dis-je.

- Allez-y, essayez-les mes amis! dit le vieux. Ces masques sont en latex léger de très bonne qualité. C’est comme une seconde peau. En plus, ils viennent avec des costumes argentés.

Je me dis que c’est trop beau pour être vrai. Avec ces costumes et nos échasses, on aura l’air de véritables Tall Whites. Nous nous empressons d’enfiler les masques, puis on se regarde, mon acolyte et moi. On a vraiment une gueule d’enfer. Nous levons en même temps un pouce en l’air.

- Parfait! dis-je. Ce sera parfait! C’est combien pour les deux costumes?

- Laissez, c’est un cadeau, dit McMurray. En remerciement pour le whisky et la découverte de l’Écosse. D’ailleurs, je crois que j’aimerais bien visiter un jour ce pays d’Europe… Quand je pense que je n’ai jamais quitté le Nevada! Alors, et vos costumes? Je vous les emballe?

- Non merci… Ce ne sera pas nécessaire. Eh bien… Je suis content de voir que tout va bien pour vous. Et merci encore Monsieur McMurray!

- À la revoyure! Quant à moi, je vais retourner à mon film et à ma cornemuse. Vive l’Écosse libre!

Il se gratte le derrière, actionne sa télécommande, harnache sa cornemuse et se remet à jouer très faux tandis qu’à l’écran les Écossais et les Anglais s’étripent sur le champ de bataille.

En sortant du magasin, je demande à Cruella:

- Alors Miss? Toujours d’accord pour tenter d’infiltrer la zone 51 demain soir? L’avenir de l’ufologie en dépend, vous savez.

- Ben quoi? Vous m’avez déjà vu me dégonfler? Comme on dit chez nous: «Ou ça passe ou ça casse!» répond-elle, très digne.

- Brave petite! lui dis-je, en lui passant le bras autour de l’épaule. Puis ma main descend lentement vers sa taille de guêpe.

- Orox? demande-t-elle.

- Oui? (Je suis plein d’espoir…)

- Si vous essayez encore de me tripoter, je vous arrache les yeux avec une cuiller et je vous renvoie au Québec par courrier express dans dix boîtes différentes.

Je retire mon bras en vitesse. Quelle femme! Je crois que je suis amoureux.

Fin de la seconde partie… À suivre dans la partie 3

NDLR: Cette histoire est certifiée «Pet Friendly». Aucun animal n’a été molesté pendant l’écriture de ce récit.

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7 réponses à “Du rififi à la zone 51 (partie 2)”

  1. toutain dit :

    Merci Orox pour tous ces bons moments de franche rigolade et pour toutes vos rédactions à venir, je m’en pourlèche déjà les babines..

    Vous avez bien du mérite parce que garder son self-contrôle doit être un exercice extrêmement difficile quand on travaille en binôme avec une bombe sexuelle comme Miss Cruella, aussi portée sur les jeux..
    de société malheureusement !

    Je comprends du coup votre sens de la mesure et des proportions !

  2. Orox dit :

    Toutain: Effectivement, il faut posséder une volonté de fer pour travailler aux cotés de cette femme sublime sans être perturbé. Le truc, c’est de penser à autre chose: le macramé, l’horticulture, la F1, peu importe.

  3. toutain dit :

    Vous avez quand même pensé aux « Powerstriders »..
    Doux Jésus, quelle riche idée.
    En jupette, avec une excellente coordination, y a pas photo (tant pis, mais on n’a pas de mal à s’en faire une)c’est largement plus affriolant qu’engoncé dans une combinaison de pilou-pilou !

  4. Orion-e dit :

    Orox, quelle tension! On a déjà hâte à « demain soir ».

  5. Orox dit :

    Orion-e: « quelle tension! On a déjà hâte à « demain soir ». »

    - N’est-ce pas? Ce sont toutes ces années de comptabilité qui m’ont donné ce sens du suspense!

    :-)

  6. Orion-e dit :

    Orox, pour meubler l’attente, on peut visiter la périphérie de la Zone 51 à partir de 59:00, puis se faire une idée du paysage où vous évoluez en ce moment et des dangers qui vous guettent. (et si on a du temps à perdre, on peut aussi regarder le reste, mais boff…)

    (Zone 51 @ 59 minutes) http://www.ovnis-usa.com/2010/.....nement-us/

    On conserve le suspens intact, puisque ce (pleutre) journaliste, avec ses grandioses moyens américains, n’a pas réussi à se rendre où vous irez courageusement à l’aide de bong bongs.

    Soyez tout de même prudents; « Use of deadly force authorised ».

    Juste une question: c’est quand, demain soir? ;-)

  7. Orox dit :

    « Juste une question: c’est quand, demain soir? ;-)  »

    Chère Orion-e: Dès que les types en noir stationnés devant mon immeuble arrêteront de m’observer avec leurs jumelles, j’irai porter le microfilm ultra-secret à JC, qui pourra alors le mettre en ligne, c’est à dire très bientôt, vous avez ma parole!

    :-)