Médecines douces et thérapies alternatives : une menace sectaire? Et l’homéopathie?

Rédigé par JC le 8 mai 2006 — Publié dans Insolite

Naturopathie, reiki, chamanisme, kinésiologie, hygiénisme, psychogénéalogie, etc. : ces thérapies alternatives ou médecines douces sont-elles totalement inoffensives? Pas tout à fait, indique le dernier rapport de la MIVILUDES. Ces pratiques, dont les fondements ne sont pas prouvés scientifiquement, présenteraient des risques de dérives sectaires et, chez certains individus, ces traitements pourraient se substituer à ceux de la médecine «officielle». Fait notable, on ne mentionne pas l’homéopathie (ci-contre une gravure de son fondateur Samuel Hahnemann) dans cette liste. Pourtant, d’après certaines études, les remèdes homéopathiques seraient inefficaces et d’aucuns estiment que cette discipline présente des aspects «sectaires»…

Dix ans après la triste affaire de l’Ordre du temple solaire (OTS), l’organisme français MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) présente son rapport 2005, dans lequel on s’attarde plus particulièrement à la protection des enfants, aux médecines douces ou alternatives et l’aide humanitaire d’urgence.

Je me contenterais de glisser ici quelques mots sur les médecines alternatives qui sont mentionnées dans le rapport. Si ces sujets vous intéressent, vous pouvez télécharger le rapport complet de 175 pages (un fichier PDF). Qu’est-ce qui caractérise ces médecines? Voici une citation qui fournit une description générale des médecines douces dont il est question (p. 9) :

«L’engouement pour les «alter-médecines», multiformes, mais qui ont pour point commun de ne bénéficier d’aucune validation scientifique, d’être exercées dans la plupart des cas par des «thérapeutes» autoproclamés et d’aboutir à terme à un refus pur et simple des soins médicaux traditionnels.

Qu’il s’agisse de sectes guérisseuses à vocation spirituelle ou de praticiens gourous, créateurs de leur propre méthode ou franchisée par les fondateurs de doctrines ou de théories mises en oeuvre dans plusieurs pays, l’offre est très large et elle est donc de nature à séduire tous les types de demande.»

Un exemple? Le reiki, une technique de guérison par imposition des mains qui serait en pleine expansion en France (ainsi qu’au Québec si je me fie à ce que je peux observer), se situerait en tête «des enseignements et des pratiques présentant un risque pour la santé» selon le GEMPPI (p. 30). Née d’une «révélation mystique» reçue par son fondateur Mikao Usui (1865-1926), cette doctrine invite le disciple à transférer une «énergie universelle» vers le patient, énergie qui serait «intelligente» et qui pourrait agir sur plusieurs plans (physique, psychologique, etc.).

Ainsi, le rapport de la MIVILUDES appelle «les pouvoirs publics à se montrer particulièrement vigilants à l’égard des dérives que la pratique du reiki pourrait engendrer» (p. 52) et signale par exemple que «l’adhésion d’un conjoint au reiki ne serait pas étrangère à des décisions de divorce ou à des séparations» (p. 30).

Voilà. Il y a donc la doctrine d’un gourou fondateur, des aspects «sectaires» et l’absence de preuve scientifique de l’efficacité de la méthode de guérison. Peut-on établir un parallèle entre le reiki (ou une des autres médecines douces citées) et l’homéopathie (qui n’est jamais mentionnée dans ce rapport)?

(Qu’est-ce que l’homéopathie? Une médecine dont les principes ont été élaborés en 1796 par Samuel Hahnemann. Un de ces principes, la dilution, stipule l’efficacité de solutions si diluées que, chimiquement, ces remèdes sont en réalité de l’eau parfaitement pure, ou du sucre dans le cas des granules. Explications dans Homéopathie sur Wikipédia et Principes fondateurs chez Boiron.)

Je n’ai pas l’intention de faire le procès de l’homéopathie, mais plutôt de soulever des questions. Plusieurs études suggèrent que l’homéopathie s’explique simplement par l’effet placebo et certains y voient des aspects «sectaires». Par exemple, un article du Cercle zététique (avril 1997), intitulé L’homéopathie, établit justement la liste suivante dans sa conclusion :

«En réalité, l’homéopathie présente certains aspects propres aux sectes. Elle en a le gourou (Hahnemann), les grands prêtres (les homéopathes), les dogmes irrationnels (similitude, dynamisation…), le prosélytisme des fidèles (G Dufoix et tant d’autres), l’intolérance qui mène aux bûchers (affaire M F Khan), et enfin les profits financiers.»

D’accord, certains points sont peut-être un peu tirés par les cheveux, mais avouez que d’autres sont troublants. Remarque: actuellement, en France, ces «grands prêtres» sont des médecins et d’autres professionnels de la santé, ce qui ne nuit certainement pas à la crédibilité de l’homéopathie (tout en évitant la question d’un exercice par des «thérapeutes autoproclamés»).

Concernant les validations scientifiques, l’efficacité des remèdes homéopathiques est très controversée. Si certaines recherches trouvent un effet significatif, c’est-à-dire supérieur à celui de l’effet placebo, d’autres, et pas des moindres, concluent à l’inefficacité de l’homéopathie, par exemple la méta-analyse publiée dans le journal médical The Lancet en 2005 (résumé, critique des Laboratoires Boiron). On dit préciser ici que, pour des raisons de méthodologie (parce que ces études ne respectent pas le «principe de l’individualisation» du remède), ces conclusions sont rejetées par certains homéopathes.

Étant donné que l’efficacité de ces remèdes est vivement débattue, comment se fait-il que l’homéopathie soit si populaire en Europe, et en particulier en France où ces «médicaments» sont remboursés à 35%, et qu’elle soit endossée par les médecins?

Difficile à dire, mais on peut constater que les enjeux financiers sont importants. La France est le grand marché mondial de l’homéopathie: 300 millions d’euros par année (en 2003, selon Boiron).

Au Québec, la situation semble totalement différente. Il n’est pas nécessaire d’être médecin pour prescrire des remèdes homéopathiques et on peut apparemment devenir «docteur en homéopathie» en suivant une formation à distance, d’après ce qu’on peut voir sur le site du Collège des médecines douces du Québec.

Par ailleurs, pas plus tard que la semaine dernière, je suis tombé sur un communiqué du Syndicat professionnel des homéopathes du Québec qui annonçait la première «Semaine internationale de sensibilisation à l’homéopathie», un événement qui avait lieu à Montréal. Longuement intitulé «Les homéopathes du Québec tiennent une semaine de sensibilisation, organisent une journée contact avec le public et s’associent à Terre Sans Frontières», le communiqué visait notamment à promouvoir l’homéopathie au Québec - citation :

«Alors que l’homéopathie occupe une place de premier plan dans certains pays comme l’Inde, par exemple, ou encore de médecine intégrée, comme en Angleterre, au sein de la population d’Amérique du Nord règne une méconnaissance quasi-totale de ce qu’est l’homéopathie, principalement à cause de la désinformation dont elle est trop souvent l’objet.»

Le texte ne précise pas la nature de cette soi-disant «désinformation», mais on peut facilement deviner que les résultats négatifs d’études scientifiques sur l’efficacité de l’homéopathie y sont pour quelque chose.

Toujours est-il que l’homéopathie, comme d’autres médecines alternatives, soulève d’importantes questions de société. Doit-on permettre la distribution de remèdes et l’application de traitements dont l’efficacité n’est pas clairement démontrée? Qui doit (ou devrait) tester ces thérapies? Les firmes pharmaceutiques doivent présenter des tests de leurs médicaments (il peut y avoir des problèmes ici aussi, mais c’est une autre histoire…), alors pourquoi en serait-il autrement des autres traitements? C’est une question complexe où se mêlent habitudes et croyances du public, pressions des praticiens et, avec les sommes considérables qui sont en jeu, on peut se douter que les laboratoires qui fabriquent ces remèdes peuvent aussi avoir une influence à plusieurs niveaux. ;-)

En annexe à ce billet (déjà passablement long, je sais), voici un compte rendu de l’émission britannique Horizon qui testait l’efficacité de l’homéopathie devant les caméras. Il s’agit d’un billet que j’ai publié sur le «blogue de l’insolite», carnet que j’ai tenu sur le Web entre septembre et décembre 2002 :
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Une émission de télé britannique teste scientifiquement l’homéopathie

La popularité de l’homéopathie ne cesse de s’accroître en dépit du fait que les remèdes qu’elle propose ne contiennent généralement pas même une molécule de l’agent actif, après de nombreuses dilutions de la solution initiale. Il restait toujours la possibilité extraordinaire que l’eau puisse avoir gardé, d’une manière ou d’une autre, les vertus de l’agent actif. D’où la théorie très controversée de la mémoire de l’eau, avancée à la fin des années 1980 par le chercheur français Jacques Benveniste.

L’émission Horizon de la chaîne de télévision britannique BBC a décidé de refaire des tests scientifiques en double-aveugle afin de trancher la question. L’illusionniste américain James Randi était là pour superviser les tests et promettait un prix d’un million $US aux responsables de l’émission si les résultats des tests prouvaient que les dilutions homéopathiques ont eu une efficacité significative dans la reproduction des expériences de Benveniste. Il y avait deux possibilités: la science a quelque chose d’extraordinaire à découvrir ou des millions de gens se font arnaquer.

Précisons d’abord que si cette émission vous intéresse et que vous comprenez l’anglais, une retranscription complète est en ligne ici. Si vous êtes un fervent supporteur de l’homéopathie, les résultats ne vous réjouiront guère: on a observé que les dilutions homéopathiques ne sont pas différentes de l’eau pure.

Dans cette émission, on remarque aussi la présence de Sir John Maddox, l’ancien éditeur de la revue Nature qui a publié en 1988 un article de Jacques Benveniste sur la mémoire de l’eau. Il était extrêmement sceptique face aux travaux de Benveniste, mais devant la réputation du chercheur, il sentait qu’il était de son devoir de publier ses résultats. Il lui proposa de publier son article en échange d’une inspection de son laboratoire et il accepta. Cet article a soulevé les passions lors de sa parution en juin 1988; la mémoire de l’eau devenait l’explication scientifique de l’homéopathie.

Vint ensuite l’inspection du labo. Maddox avait choisi Walter Stewart, un scientifique qui avait une certaine expérience dans les cas de fraude et nul autre que l’illusionniste James Randi. À ce propos, vous remarquerez son air un peu inquiet sur la photo du haut. Lors d’une session de clavardage, on a posé la question suivante à Randi: «Pourquoi aviez-vous l’air inquiet au début du dépouillement des résultats?» et l’illusionniste de répondre «Gardez à l’esprit que je suis aussi un acteur…».

Maddox et ses deux collègues arrivent donc dans le labo de Benveniste et l’éditeur de la revue Nature remarque que dans les tests les techniciens savent quels échantillons sont homéopathiques (très dilués). Il y avait donc un risque d’erreurs, qu’elles soient conscientes ou pas. L’équipe décide de reprendre les expériences, mais avec une méthodologie en double-aveugle. Les échantillons sont marqués et personne ne sait quels sont ceux qui sont homéopathiques et ceux qui servent de contrôle (de l’eau pure). Les correspondances entre les numéros affichés sur les échantillons et leur nature (dilution homéopathique ou contrôle) sont dans une enveloppe qu’on ouvrira à la fin de l’expérience.

Et en 1988 aussi bien qu’en 2002, on n’a pas pu voir d’effet significatif des échantillons homéopathiques; ils ne sont pas différents des échantillons de contrôle, c’est-à-dire de l’eau pure. La mémoire de l’eau tombe… à l’eau.

L’émission Horizon n’a pas gagné le million de dollars du père Randi, les homéopathes diront probablement que la méthodologie n’était pas bonne et continueront à pratiquer, et les gens continueront à acheter ces remèdes. Et ils démontreront probablement une certaine efficacité dans nombre de cas; cela s’appelle l’effet placebo.

Laissons le mot de la fin au roi des sceptiques, James Randi: «Nous devons faire d’autres recherches. Il peut vous sembler étrange que ce soit moi qui dise cela, mais s’il y a une possibilité qu’il y ait quelque chose de réel dans ces faits, je veux le savoir, toute l’humanité veut le savoir». Sceptique, mais quand même pas complètement bouché ;-)

Randi 2, Benveniste 0; y aura-t-il un autre round?
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9 commentaires pour “Médecines douces et thérapies alternatives : une menace sectaire? Et l’homéopathie?”

  1. 1
    Ruth a dit :

    La vérité est peut-être ailleurs que dans un clivage pour/contre. Je trouve la position de Thomas Sandoz intéressante. Il parle de l’homeopathie comme d’un “rituel de conjuration profane qui permet de faire face à la souffrance”.

    Ça marche, mais pas parce qu’on a pris des granules. Ça marche parce qu’on a pris des granules dans tel contexte, qu’on a mis telle conviction et telle croyance en ces granules. Processus qui a mis en marche des mécanismes actifs. Ça marche mais pour d’autres raisons que celles que l’on croit.

    J’en ai parlé ici:
    http://zebrablog.net/sugus/ind.....ne-miracle

    Ces “mécanismes actifs” qui expliquent aussi l’efficacité des placebos sont mystérieux.

    Merci pour l’article


  2. 2
    zooou a dit :

    Pourquoi ne pas parler du nombre de morts annuelles à cause des effets secondaires de la médecine ?

    Là tout le monde trouve ça normal !
    On ne parle pas de secte, pourtant l’industrie pharmaceutique s’en rapproche quand on étudie le scandale des anti-dépresseurs.


  3. 3
    YM a dit :

    Souffrant de fibromyalgie, suite à un empoisonnement légal par la médecine allopathique… je trouve votre approche un peu sectaire : les recherches “scientifiques” réalisées sur les médicaments allopathiques sont toutes commandées par les principaux intéressés c-à-d les labos… des dossiers de malades sont tronqués (je ne suis pas l’exception qui confirme la règle). De plus, les pseudo-recherches faites sur l’homéopathie se basent sur des critères absurdes puisque mimés sur le principe allopathique : un symptôme, un remède…
    un petit complément plus tard…

    YM


  4. 4
    rimbowarrior a dit :

    Placebo, bobos!!!!


  5. 5
    Dr. Goulu :: Si vous avez des pouvoirs paranormaux … a dit :

    [...] Mon point de vue est plus mesuré. La JREF propose une démarche scientifique rigoureuse, comme on le voit par exemple dans l’émission “Homeopathy: The Test” de la BBC, décrite en français ici et dont le texte complet en anglais est ici. [...]


  6. 6
    Tomanubis a dit :

    humhum le chamanisme n’a rien de sectaire mais en en viens souvent à le critiquer parcequ’on ne le comprend pas en tout cas si pour vous ça l’est …qu’en est il de ces grandes religion?


  7. 7
    coco a dit :

    croyez ce que vous voudrez mais ma fille de 3 ans apres un ans d’acharnement a ete gueri en 2 mois seulement par l’homeopathie…. oubliez donc l’effet de placebo!!!

    si vous aimez mieux vous empoisonnez avec les doses de medicaments et antiobiotiques…libre a vous!


  8. 8
    sandy a dit :

    pourquoi faut il croire ce qui se mesure, calcule et ce que nous pouvons voir avec nos yeux….

    ??? nous sommes en 2007!!

    homeo au moins pas sur la sellette comme la medecine et les histoires de cash avec le gouvernement!! savez vous que les medecins, pharmaciens sont payes en bonus… plus ils donnent de pillules et de vaccins..plus le chiffre $$ est gros!! ca fait reflechir!
    laissons nous pas lancer de la poudre aux yeux!!


  9. 9
    Esteban a dit :

    L’homéopathie a longtemps été décriée en raison d’une étude publiée en 2005 qui a fait autorité qui l’associait à l’effet placebo.

    Cependant ce document scientifique a été fortement attaqué ces derniers jours dans la dernière édition de la revue scientifique ‘The Lancet’, et l’homéopathie est aujourd’hui fortement soupçonnée de fonctionner.

    Voici le lien de la source http://www.unisciences.com/bie.....php?id=337

    Le débat ressurgit

    A+


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