Souvenirs retrouvés de vies antérieures et d’enlèvements par des extraterrestres

Rédigé par JC le — Publié dans Conscience/rêves, Paranormal

Si la mémoire est une faculté qui oublie, elle peut également se tromper à propos de la source des souvenirs. Dans le blog «La science sceptique», il est justement question d’une nouvelle recherche qui examinait la possibilité d’une confusion dans la source des souvenirs chez des sujets qui disent se rappeler d’une ou plusieurs vies antérieures (ci-contre, une gravure du Moyen Âge qui n’a rien à voir avec notre propos si ce n’est d’évoquer très subtilement la notion de «vie antérieure»). Je vous résume rapidement cette étude et je vous parle ensuite de recherches un peu moins récentes qui ont identifié des problèmes du fonctionnement de la mémoire chez des groupes de personnes qui sont persuadées d’avoir été enlevées par des extraterrestres. (Je sens que ça va chauffer. ;-) )

D’abord la confusion dans la source des souvenirs chez les sujets qui croient se souvenir de vies antérieures. Je vous invite à lire le billet Quand la mémoire joue des tours… qui évoque l’article The false fame illusion in people with memories about a previous life (Consciousness and Cognition, Mars 2007;16(1):162-9 – résumé)


Dans cette étude, les sujets (un groupe avec souvenirs de vies antérieures et un groupe témoin sans ces souvenirs) sont testés avec «l’illusion de fausse célébrité». Vous vous demandez de quoi il s’agit? On présente d’abord une liste de noms inconnus aux deux groupes puis, le lendemain, une autre liste qui contient des noms de gens célèbres et des noms inconnus (parmi lesquels on retrouve les noms inconnus présentés la veille et de nouveaux).

Résultat : les gens du groupe ayant des souvenirs de vies antérieures reconnaissent plus souvent comme étant célèbres des noms inconnus qu’ils ont vus auparavant, dans la première liste. Dans les mots du résumé de l’article :

«Les participants avec des souvenirs de vies antérieures ont eu une plus grande tendance à juger les noms non célèbres présentés au préalable comme célèbres, que les participants du groupe témoin.»

Autre constatation importante : les deux groupes ne montrent pas de différence par rapport aux nouveaux noms inconnus présentés dans la seconde liste, ce qui suggère qu’il s’agit d’un problème dans la mémoire (à long terme).

Que s’est-il donc passé dans la mémoire de ces sujets? Ceux qui ont des souvenirs de vies antérieures ont reconnu les noms de personnes non célèbres de la veille (probablement comme les sujets de l’autre groupe) mais ils ont généralement moins bien réussi à identifier la source de ces souvenirs, c’est-à-dire la liste de la veille. On peut donc penser qu’il y a eu confusion de la source : au lieu d’être associés à la liste de la veille, les noms non célèbres ont pu être plus souvent reliés à une source de noms célèbres, par exemple des articles de journaux ou de magazines.

Autrement dit, si les sujets croyant avoir des souvenirs de vies antérieures ont une tendance à reconnaître plus souvent les noms inconnus présentés auparavant comme ceux de personnes célèbres, c’est probablement qu’ils les retrouvent dans leur mémoire mais qu’ils n’arrivent pas à se souvenir où ils ont entendu parler de ces personnes. S’ils s’étaient souvenus de la source de ces noms (la liste de l’exercice précédent), ils auraient, comme les autres sujets de l’expérience, reconnu que les noms n’étaient pas ceux de gens célèbres. C’est clair?

Mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une tendance, donc (apparemment) rien de parfaitement systématique ou corrélé. Néanmoins, la recherche reste intéressante parce qu’elle parvient à identifier une tendance commune qui distingue un groupe bien précis de la population générale. C’est déjà un pas dans une certaine direction, d’autant plus que les psychologues estiment que les erreurs dans l’identification de la source des souvenirs pourraient être un des facteurs à la base de la création des célèbres «faux souvenirs».

Le psychologue britannique Christopher French a justement écrit un long article qui traite des faux souvenirs et d’expériences extraordinaires (French, C. C. (2003). Fantastic memories: The relevance of research into eyewitness testimony and false memories for reports of anomalous experiences. Journal of Consciousness Studies, 10, 153-174) dans lequel il évoque l’hypothèse sur le développement de faux souvenirs proposée par Hyman et Kleinknecht (1999) :

«Ils ont avancé que trois processus sont mis en oeuvre dans le développement de faux souvenirs. D’abord, l’information présentée est évaluée selon sa plausibilité. Cette évaluation dépendra de la source de l’information et des croyances préexistantes de la personne. Deuxièmement, un souvenir de l’événement doit être construit sur la base des connaissances et aussi des expériences personnelles, des suggestions et des demandes de la situation actuelle. Enfin, la personne doit commettre une erreur dans le contrôle de la source, qui fait que le souvenir construit est accepté comme reflétant un événement initial plutôt que des mauvaises informations présentées après l’événement.»

Christopher French souligne ensuite l’importance de savoir si l’on peut distinguer les causes internes de souvenirs (imagination, rêve, hallucination) des causes externes (le monde qui nous entoure). Parce que vous me direz que les résultats de la recherche sur les sujets avec souvenirs de vies antérieures sont intéressants, mais qu’il y a une marge entre ne plus se rappeler si un certain souvenir provient d’un livre, d’un journal ou d’un magazine, et être persuadé que ce souvenir appartient à notre expérience personnelle vécue.

Eh bien justement, il semble que cette distinction sur le caractère interne ou externe des souvenirs ne soit pas aussi facile à faire qu’on serait tenté de le croire. Selon une expérience réalisée par Susan Blackmore, Nicholas Rose et Kerry Gray avec des sujets normaux, il pourrait y avoir confusion entre des images vues et imaginées, dans une expérience qui consistait à passer des diapositives qui présentent soit une image avec le nom de l’objet, soit un mot avec la consigne de se former une représentation mentale de l’objet. Étonnant, n’est-ce pas?

Laissons de côté les vies antérieures et regardons un peu les enlèvements par des extraterrestres, les fameuses «abductions», selon la perspective de la psychologie cognitive. Je n’ai pas trouvé trace de recherches qui auraient testé «l’illusion de fausse célébrité» chez un groupe d’«abductés» (si vous en connaissez, vous seriez gentil de m’en informer), mais des psychologues ont identifié des mécanismes fautifs de la mémoire chez un groupe de gens convaincus d’avoir été victimes d’un enlèvement par des extraterrestres. (Je sens que c’est ici que ça va chauffer… s’il reste encore des lecteurs ;-) )

Il est ici question du phénomène des «enlèvements» à l’américaine, ceux qui sont censés se produire par millions dans les chambres à coucher et qui sont fortement médiatisés aux États-Unis. (Je ne veux pas m’attarder sur ce sujet mais quand on connaît les critères qui ont permis d’estimer que ces enlèvements se produiraient par «millions» aux États-Unis, on peut facilement soutenir que ce nombre est probablement exagéré par plusieurs ordres de grandeur.

Premier mécanisme, qui ne relève pas de la psychologie cognitive mais qui est très important pour la suite : la paralysie du sommeil. Chez Wikipédia, on définit la paralysie du sommeil en ces termes : «trouble pendant lequel la conscience est maintenue alors que le corps se paralyse durant l’entrée dans le sommeil (paralysie hypnagogique) ou lorsqu’il reste paralysé au réveil (paralysie hypnopompique)». Il s’agit d’un état de conscience qui semble à la fois tenir de l’éveil et du rêve, qui peut durer de quelques secondes à plusieurs minutes, et qui survient alors que le corps est incapable de bouger pour des raisons physiologiques encore mal connues.

Le plus intéressant maintenant : les hallucinations communément expérimentées lors de cette paralysie du sommeil comprennent la sensation d’une présence souvent perçue comme maléfique, des apparitions visuelles (notamment des personnes dans la pièce) et des sensations tactiles (l’impression qu’on est touché). La peur ou la terreur sont aussi très fréquentes. On a ainsi plusieurs des ingrédients de base pour construire les premières étapes d’un «enlèvement par des extraterrestres» qui semble bien réel.

(Au passage, cet état particulier est également avancé comme la source plus que probable des légendes moyenâgeuses telles que les visites démoniaques, les incubes et succubes, etc., qui correspondaient à la culture de l’époque.)

Je vous entends d’ici. Vous vous dites que ces éléments pourraient peut-être évoquer un «enlèvement par des extraterrestres», mais que les gens qui vivent une paralysie du sommeil savent bien qu’ils sont en train de rêver. C’est vrai en général, cependant certaines personnes peuvent avoir tendance à se créer de faux souvenirs. Et c’est ici qu’interviennent les mécanismes de la mémoire.

Selon Susan Clancy (photo ci-contre), psychologue à l’Université Harvard, les «abductés» auraient justement une propension à former de faux souvenirs. Dans une de ses recherches en laboratoire, Susan Clancy teste la mémoire de trois groupes de sujets : des «abductés» qui disent se souvenir de leur «enlèvement», des personnes qui pensent avoir été enlevées à cause de certains symptômes mais qui n’ont pas de souvenirs d’un «kidnapping» (par exemple des blessures qu’ils ne s’expliquent pas ou l’émergence d’un sentiment de panique en voyant une image censée représenter un «extraterrestre»: le petit gris qu’on voit partout) et des gens convaincus de ne pas avoir été «enlevés».

On précise que les «abductés» ont été (difficilement) recrutés avec des petites annonces dans les journaux et que ces onze sujets (six hommes et cinq femmes) ont retrouvé leurs souvenirs d’enlèvement après une thérapie (pouvant comporter des séances d’hypnose), ou après avoir lu un livre ou vu un film relatant un récit d’«abduction» (!).

Les tests : on présente aux sujets des listes de mots dont le sens est lié, et on teste ensuite le rappel, par exemple : pie (tarte), honey (miel), candy (bonbon) comme liste de base, et on demande aux sujets s’il se rappellent avoir vu le mot sweet (sucré), qui lui n’était pas dans la liste. Le groupe des «ravis» avec souvenirs se distingue des deux autres en ce qu’il démontre une tendance significativement plus élevée à se souvenir de mots qui n’étaient pas dans les listes, d’où la conclusion d’une propension à former de faux souvenirs :

«Les personnes qui développent de faux souvenirs au laboratoire sont aussi plus susceptibles de développer de faux souvenirs d’expériences qu’elles ont imaginées ou qui leur ont été suggérées.»

Ce n’est un secret pour personne, les sources de suggestion abondent : films, séries à la télévision, livres, etc. Je vous mets au défi de trouver quelqu’un qui n’ait jamais entendu parler de ces «enlèvements par les petits gris». ;-)

Susan Clancy précise également que ces personnes sont généralement normales du point de vue psychologique, bien qu’elles soient aussi plus susceptibles de croire en des phénomènes qui relèvent du paranormal, de l’occultisme, etc., et qu’elles présentent des scores plus élevés dans les tests de suggestibilité hypnotique et de symptômes dépressifs (ici les chercheurs se gardent bien d’établir des liens de causalité). Lire les articles Memory Distortion in People Reporting Abduction by Aliens (Journal of Abnormal Psychology, 2002, Vol. 111, No. 3, 455–461) et Starship memories : « Alien abductees » provide clues to repressed, recovered memories.

Par ailleurs, dans une autre recherche menée à Harvard, Susan Clancy et Richard McNally ont pu constater que les réactions émotionnelles (mesurées par le rythme cardiaque et la «sudation des mains», probablement la réaction électrodermale) des sujets qui se remémorent un «enlèvement» pouvaient être aussi vives que lorsque d’autres personnes se souviennent d’une expérience traumatisante et marquante, par exemple des soldats qui revivent des scènes de guerre.

Comment expliquer la forte teneur émotionnelle de ces souvenirs d’«enlèvements»? Les chercheurs d’Harvard font encore appel à la paralysie du sommeil, car les émotions vécues y sont souvent très intenses.

On pourrait bien entendu prétendre que ces recherches sont réductrices (et on aurait peut-être raison jusqu’à un certain point) mais il n’en demeure pas moins qu’elles identifient un mécanisme et des facteurs de base pour ce type d’expérience qui, rappelons-le, concerne principalement les enlèvements censés se produire la nuit dans la chambre des «abductés».

Par contre, cette approche ne propose pas directement d’explication dans le cas d’un phénomène qui se produirait en plein état de veille, et ne peut pas tenir compte des éventuelles traces physiques ou corporelles qui auraient été créées pendant ces événements, si tant est qu’une telle chose existe…


Et si les descriptions d’«enlèvements» dans les chambres à coucher sont très bien connues depuis de nombreuses années (surtout depuis les années 1980 avec Budd Hopkins, etc.), qu’en est-il des récits «fondateurs», c’est-à-dire ceux d’Antonio Villas Boas (1957), Betty et Barney Hill (1961), etc., qui ne se sont pas produits pendant le sommeil et qui ne pouvaient pas se baser sur des précédents (sauf peut-être dans la science-fiction ;-) )?

J’oubliais : joyeuses Pâques à ceux et celles qui auront le courage de lire jusqu’ici!

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31 commentaires pour “Souvenirs retrouvés de vies antérieures et d’enlèvements par des extraterrestres”

Pages de commentaires: [1] 2 »

  1. 1
    Roshieru a dit :

    Mdr, tu aimes vivre dangereusement : D

    Bon, désolée, j’ai pas lu jusqu’au bout, non pas parce que je ne suis pas d’accord mais parce que j’ai une flemme crasse aujourd’hui. Je me suis arrêtée aux ET XD


  2. 2
    JC a dit :

    Pas grave Roshieru, vous pouvez toujours revenir pour la suite si le coeur vous en dit.

    Et puis joyeuses Pâques quand même. ;-)


  3. 3
    Laura Dove a dit :

    Intéressant article. :-) Au sujet de l’ »enlèvement » nocturne par des extraterrestres, je me souviens avoir vu un reportage sur une chaîne spécialisée sur la science-fiction lors d’un voyage au Canada, vers 2002 ou 2003. Malheureusement, je n’ai pas de références plus précises. :-( Bref, ils relataient une expérience où des sujets tout à fait « normaux », en état de veille, sont soumis à des champs électromagnétiques d’une certaine fréquence et intensité. Ces gens subissent alors ce qui est décrit par les « abductés »: sensation d’une présence, hallucinations visuelles, terreur, etc. Les journalistes établissaient un lien entre ces récits d’enlèvement et… le fait d’habiter près de transformateurs haute tension ou de forêts de pylônes électriques.

    Et sinon, pour ce qui est de ressentir des émotions très fortes en se remémorant un faux souvenir, je peux déjà répondre au regard de mon expérience personnelle d’auteur (bien grand mot!) de SF et de joueuse de jeux de rôle: en s’immergeant suffisamment dans l’histoire, on peut arriver à ressentir des émotions très fortes pour des événements qui ne nous arrivent pas à nous, mais à un personnage imaginaire. La différence étant que comme on est parfaitement conscient qu’il ne s’agit que de fiction, tout revient à la normale quand on réintègre sa vie de tous les jours. Mais je n’ai pas de mal à concevoir que ces gens persuadés que leur faux souvenir est réel puissent éprouver les mêmes émotions que quelqu’un à qui ce serait vraiment arrivé.


  4. 4
    Anaël a dit :

    Tant que l’on a pas vécu une chose,on ne peut l’expliquer…
    Exemple:une personne ayant été batue,peut expliquer la souffrance,la grande douleur morale,ect….
    c’est la même chose pour une personne qui vie des enlèvements a répétition….
    comment expliquer,une chose qui sort du contexte humain,expliquer toute la terreur,dans toute ca violence et ca force supra naturel?
    NON tant que L,on a pas vécus une chose,
    il est facille de ce référée dans des lecture tres ‘’scientifique »basée sur des oui dire…mais cest même scientifique,ont t’il déja vécu ce genre de trauma pour en expliquer les cause.Je comprend leur recherche, mais la s’arrete ma comprehension..sur leur approche si froide soit t’elle.
    Je me suis toujour dit,qu’il est fort important de vivre  »live » un évenement avant d’écrire sur une chose SOIT LA VIVRE AVANT DE CE PLACER SUR LA PLACE PUBLIC,la comprendre dans son INTÉGRALITÉE, je me basse toujours sur ce fait…car le jugement viens vite,mais la vérité ce fais parfois longue:)
    merci de m’avoir lue..
    Amicalemnt Anaël


  5. 5
    spina a dit :

    Bonjour,

    Article qui m’a beaucoup interessé!

    Anaël,
    « Je me suis toujour dit,qu’il est fort important de vivre ‘’live’’ un évenement avant d’écrire sur une chose »

    En tout cas en ce qui concerne la paralysie du sommeil, pour l’avoir moi même vécu à plusieurs reprise, je te garanti que le sentiment de terreur est bien présent!! De là à provoquer des faux souvenirs.. je ne sais pas.. moi à vrai dire je n’ai aucun souvenir de vrais ou faux enlevements… enfin je crois… ;-)


  6. 6
    balthazar a dit :

    je voulais juste préciser, à propos de la réincarnation, que dans l’hindouisme, il s’agit d’une notion plus complexe et souvent bien plus abstraite que l’idée qu’on s’en fait généralement, à savoir « monsieur machin meurt et renaît dans la peau de mademoiselle bidule ».
    une des idées centrales de bien des branches de l’hindouisme et donc aussi du bouddhisme, étant l’inexistence, sur un plan absolu, de ce que nous appelons l’égo, l’individualité, il va sans dire que l’idée que notre petite personnalité puisse, après la mort,se retrouver telle quelle (avec nos souvenirs par exemple) dans un autre être humain paraît bien futile.
    par contre, comme Krishna déclarant dans la gita qu’il ne fut pas un temps où il n’était pas, nous faisons partie d’un mouvement continu et infini de causes et d’effets. mouvement qui, incidemment et très brièvement, donne naissance à notre petite existence, comme l’effet de causes multiples, et la cause d’effets multiples.
    on compare souvent la chaîne des renaissance à un collier infini de perles, sans fil pour les relier.
    je ne sais pas si tout ceci est bien clair, mais c’est juste pour dire que la question de la « preuve de la réincarnation » est un problème qui va beaucoup plus loin que les souvenirs de vie antérieure. ces souvenirs sont parfois très troublants, d’ailleurs.


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